15 déc. 2009

Les peines d’amour

« Une équité entre les femmes les hommes : la peine d'amour n'est ni féminine ou masculine, elle touche les deux sexes sans distinction»

Ma plus grande rupture d’amour n’a pas été avec un amoureux mais avec ma cousine. Tout ce que je savais de l’amour c’est qu’on devait prendre soin de ceux qu’on aime, mais avec elle je n’ai pas su. Avec elle, j’ai compris que l’amour ne suffirait pas. Et cela, je l’ai saisi un jour d’août lorsque je suis rentrée à l’appartement après une dure journée et que je l’ai surpris en train de mutiler mon chat et de répandre son sang sur le mur. Ce soir-là, quand elle a hurlé à tue-tête que Galipette était un agent du FBI, quand on ne l’a même pas gardé à l’hôpital pour l’obliger à se soigner, j’ai compris que je n’allais pas être celle qui la sauverait et surtout j’ai compris que je ne pourrais plus vivre avec son délire. Par conséquent, je suis allée trouver refuge chez Clara le temps que la cousine puisse aller s’installer chez mes parents et depuis je n’ai pas tellement essayé d’être présente pour elle. Cinq ans ont passé et rien n’a changé. Par les temps qui courent, elle croit que Sony Musique a pris possession d’elle et que Céline Dion chante les chansons qu’elle lui a écrites. En résumé, tout ce qui me reste d’elle, ce sont les souvenirs d’enfance.

- Ce n’est pas une vraie peine d’amour ! Dit Doryane sans acrimonie.
- Ah non ? Quand le monde semble s'écrouler subitement, qu'on perd l'appétit et jusqu'à l'envie même de vivre tellement la coupure fait mal, je croyais que tout ça était symptomatique d’une peine d’amour…
-Ok. Je te l’accorde, me concède Doryane. Mais maintenant, à cause de toi, nos peines d’amour ont toutes l’air simplettes !
- Je crois que c’est de ne pas pouvoir concevoir un enfant qui a d’abord été ma plus grande peine d’amour, dit Clara qui a finalement adopté une petite chinoise avec Dominic .
- Eh bien ! Tant qu’à dévier sur la peine d’amour, lance Doryane sur un ton pince-sans-rire, mon plus grand chagrin a été lorsque mon caniche a préféré mon ex pour végéter son train-train quotidien.

Cette Doryane, toujours aussi folle à lier. Voilà sans contredit pourquoi nous l’aimons autant. Mais aujourd’hui, elle n’aura pas su faire rire Clara. D’ailleurs, aucune de nous trois avons même su la faire sourire.



- Comment fait-on pour se remettre d’une rupture ? Demande Clara qui essaie tant bien que mal de se sortir vivante de sa récente séparation avec Dominic.
- On se défoule à mort dans le sport de la cruise pour exulter, recommande Sabrine divorcée depuis un an de son barman devenu professeur et prestataire de l’assistance sociale par après quand il s’est fait prendre les culottes baissées avec deux de ses étudiantes dans son bureau.
- Et on désespère encore plus, enchâsse Doryane.

Montrer qu’on peut être heureuse en allant s’engager au plus vite dans une autre histoire, je ne suis pas certaine moi aussi que c’est la meilleure chose à faire. Néanmoins, il faut faire plus que de se rabattre sur la tisane pour se guérir et surtout il faut oublier sa mine penaude quand on se retrouve devant l’ex. Eh oui ! On fait semblant d’être au mieux de sa forme si on a un peu de fierté.



- Moi qui rappelle toujours l’ex qui me laisse pour qu'on ressorte ensemble, lance Doryane en se tournant vers moi, mes désunions ne sont jamais très drastiques. C’est toujours de manière progressive, on se voit d’abord une fois toutes les semaines, ensuite aux deux semaines et aux mois, puis un jour monsieur a rencontré une autre fille.

Quelle sincérité de la part de Doryane. Quelle tristesse aussi, peut-on lire dans son regard.

- Les filles, même si six mois sont passés, même si j'ai eu bien des invitations depuis qu’il m’a quittée, aucun mec m'intéresse autant que lui depuis qu’il n’est plus le mien. Nous avons été ensemble pendant presque quatorze ans et je suis sûre que c’est lui ma moitié.

Un retour avec Dominic est réellement impossible, il a clairement dit à Emeric qu’il n’était plus amoureux et qu’il était passé à autre chose. Autre chose ici signifie une autre femme. Donc, il va falloir que Clara l'accepte et toutes les trois on va l’aider. Par ailleurs, Sabrine n’avait pas tout à fait tort. Pas du tout tort : rencontrer d'autres hommes c'est souvent et heureusement le bon remède…

Un peu plus tard, sous les étoiles, quand notre groupe se scinde en deux parce Sabrine et Doryane préfèrent aller danser plutôt que de se la jaser tranquillement sur ma véranda, Clara se confie à moi.

- Aujourd’hui, quand je vois le regard d’autres hommes se poser sur moi, je comprends que ce n’est que celui de Dominic qui m’émeut vraiment. En jouant avec le feu, je me suis brûlée. Maintenant, il m’échappe. Je veux mourir, Jany, conclut Clara en prenant l’une de mes mains entre les siennes.

Je suis étonnée d’entendre ces mots de son bec.

-Que dis-tu là ? Tu dois songer à Marie May. Elle a déjà perdu une maman, tu ne peux pas t’enfuir toi aussi !



Elle acquiesce d’un signe de tête.

- Tu sais, murmure Clara comme si on l’épiait, j’ai souvent regardé les photos prises de Dominic, moi et la petite ensemble, soit en train de faire du camping ou de fêter un événement spécial tel que Noël, c’est frappant de voir que Marie May est constamment dans les bras ou aux abords de Dominic. Sur un cliché, je l’ai dans les bras, et son sourire a cessé d’illuminer.

Je scrute le visage de Clara : il a vieilli. Son expression amusée, il n’y en a plus.

- Clara, je crois que tu as besoin d’aller consulter un médecin. Je ne suis pas en mesure de te faire un pronostic aussi clair, mais j’ai vraiment l’impression que tu fais une dépression.
- Oui, je ferais bien de prendre un rendez-vous avec mon généraliste. Je l’appellerai demain à la première heure, articule Clara en tentant vainement de ne pas paraître sur la défensive.

J’entre pour aller verser à nouveau du café dans nos tasses, dans un coin de la cuisine; quand je lève les yeux vers Clara, je la constate amaigrie, égarée et en train de flageller énergiquement son annulaire désempli. Je l’aperçois aussi grimacer de chagrin. À ce moment précis, je saisis la gravité de son état, mais surtout de ce «je veux mourir» prononcé deux fois plutôt qu’une tantôt qui me semble de moins en moins des paroles en l’air. Par conséquent, je décide de ne pas attendre à plus tard pour qu’elle soit vue en urgence psychiatrique.


2 commentaires:

Cirque a dit…

J'ai écris un texte qui ressemble a cela il y a un an...
J'ai du l'enlever de mon blog parce qu'il dérangeait trop de monde de ma région...

J'ai aimé un homme qui par amour ne voulait pas être avec moi...
Il a fait sa vie avec une autre... tout en se demandait et en me demandant tout le temps pourquoi on n'avait pas essayé...

Lorsqu'il mangeait ses céréales il leur parlait c'était ses micros...

Il était schizophrène
Lorsqu'il a décidé de mourrir il à tout planifier jusqu'à après sa mort...
Dans sa folie parfaite

Ce que tu dis es encore en vie
Il faut surveiller les signes.

Cet homme que j'aimais d'un amour homme femme je l'ai perdu à cause de sa folie. Si j'avais poussé pour être avec lui comme je le désirait il serait peut-être encore en vie...

Je clique sur ton blog et je tombe sur ce texte...

Bravo quelle belle écriture

Suzy Wong a dit…

Merci beaucoup. J'apprécie beaucoup ton témoignage. Plus que tout, j'apprécie que tu aies pris le temps de m'écrire ici.