8 déc. 2009

Locataire ou hypothèque?

«Je sais enfin ce qui distingue l’homme de la bête : ce sont les ennuis d’argent!»

-Jules Renard


Après avoir négocié une hypothèque à taux variable chez Desjardins, je me rallie aux amies qui sont en train de se matelasser le bide de hamburgers au Cosmos du boulevard Laurier. Eh oui ! Emeric et moi on s’apprête à emménager dans une maison. Aujourd’hui, on trinque parce que je passe enfin de locataire à propriétaire !

- Ton workaholisme de chum, Jany, possède un double diplôme de baccalauréat : en droit et en Common Law. Il est sans nul doute le notaire le mieux payé en ville.

Je lui demande d’une voix aussi calme que possible.

- Où veux-tu en venir ?
- Eh bien ! Vous êtes riches comme Crésus, alors pourquoi pas une vraie grosse cabane ?

J’essaye tant bien que mal de garder une expression impassible, mes éventuels commentaires à ce propos me semblant sans intérêt. Après tout, Moi et Doryane n’avons pas du tout le même rapport à l’argent. Alors que je respecte à la lettre les principes du budget habitation qui dit qu’on ne doit pas déborder du 25% de notre revenu brut, elle essaie d’améliorer sa cote d’insolvabilité en empruntant une fois de plus. Cette fois-ci, c’est pour un blanchissement de dents !

- Ce n’est pas aujourd’hui que je vais commencer à voir plus grand que ma panse. Pas plus Emeric. Je cotise à un REER depuis mes 18 ans et les parents d’Emeric lui a acheté son premier certificat de dépôt pour son huiìème anniversaire.
- Ça ne s’peut pas ! S’exclame Clara qui doit travailler comme quatre dans le but d’assurer son rythme de vie effréné et qui, néanmoins, dit rêver de simplicité volontaire.

- Tu n’en as pas ta claque de mesurer le bonheur en fonction du nombre de zéros apparaissant sur votre relevé de compte ? M’interroge Doryane.
- En fait, je dois te corriger. Le bonheur ne se trouve pas dans notre compte conjoint mais bien plus dans le stress qu’on n’a pas à courir comme des dingues pour rejoindre les deux bouts.

Là, sourire cornichon de Doryane. Rire nerveux de Sabrine. Désintéressement total de Clara.

- Le vieil adage : “ en amour, on ne compte pas ”, est-ce vrai pour vous deux ?
- Mais oui, Sabrine. On partage tout, y compris l’argent.
- Moi, je ne savais rien des finances de mon mec, ni ce qu’il gagnait, ni ce qu’il en faisait, ni comment il gagnait son argent. Long soupir de Doryane. En fait, si, je le savais fort bien. Il n’avait que dalle, était sur le BS, travaillait un peu au noir, se poudrait les narines et buvait comme un trou.

- Ayoye ! Dénigre Sabrine. Si tu les prenais moins beaux et plus vaillants aussi.
- L’ai-je déjà fait ? Pourquoi commencerais-je maintenant ?

Cette dernière riposte visait à faire rager Sabrine. Mais Clara, pour éviter que la discussion s’envenime, s’exclame tout bonnement :
- Pour Dominic et moi, je fais un budget commun pour le quotidien, les gros achats, les vacances et l’épargne. D’ailleurs, on a un compte conjoint dans lequel je pige allégrement !

Fou rire général. Sachant toutes comment Clara aime à la fois gérer le quotidien et dépenser comme bon lui semble, si elle n’avait pas dit elle-même qu’elle était dissipatrice, c’est certain qu’on lui en aurait fait la remarque.

Avec 45 % des couples qui divorcent, dont 25 % au bout de trois ans de mariage, le « je n’ai pas envie d’être obligé(e) de partager l’épargne accumulée » devient le mantra de chacun vu que le résultat d’une rupture nous oblige à payer des frais de sortie anticipée sur le capital constitué en commun, puis à s’acquitter de frais d’entrée sur de nouveaux placements. Et entre temps, soit pendant que le couple vole de l’aile, vaut mieux veiller à ce que votre futur ex ne vide pas entre temps le compte commun… demandez-le à Doryane !

- Moi, marmonne Sabrine en tripotant sa bedaine, je ne suis pas riche. Je n’ai pas de grandes économies, pas de REER. Mais malgré tout, je m’organise pour ne pas me mettre dans une position de soumission et de dépendance vis-à-vis qui que ce soit. Jany a raison, l’argent est synonyme d’abord d’autonomie, puis de plaisir et de quiétude. Voilà pourquoi j’ai pris la décision de finir mon DEC d’infirmière.

Décidément, Sabrine, par les temps qui courent, n’a pas fini de nous étonner ! Il faut dire qu’elle est la plus secrète de nous quatre. Par conséquent, elle omet présentement de nous révéler qu’elle s’est acoquinée avec le géniteur de son futur rejeton, que son barman prépare un doctorat en philosophie en plus d’être le propriétaire d’un superbe jumelé dans le Mesnil. Eh oui ! Sabrine a entre ses mains –entre ses jambes aussi- un mec brillant, un barman qui veut enseigner à l’université. Wow !

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